Fillon, aussi flou sur son programme que sur sa moralité

Je l’avoue, je fais partie des 2.9 millions de Français qui ont voté pour François Fillon au deuxième tour de la primaire de la droite et du centre. J’avais voté surtout en fonction de son programme, car le desserrement du carcan bureaucratique est pour moi indispensable au retour du plein emploi en France. Et s’il est maintenant hors de question pour moi de voter Fillon le 23 avril prochain (en espérant qu’il ne sera plus là le 7 mai), ce n’est pas seulement parce que l' »illusion » – terme dont ses proches affublent la candidature d’Emmanuel Macron – autour de la personnalité et de la moralité du candidat se fracasse sur les révélations du Canard Enchaîné, mais aussi parce que ces derniers jours ont révélé un certain flou, pour ne pas dire une certaine volatilité,  au sein de son programme.

L’alerte est venue le 29 janvier lors de son meeting à La Villette. Dans son discours, Fillon promet une revalorisation des petites retraites et une augmentation des pensions de reversion. À moins que ma mémoire flanche, il n’en avait rien dit pendant la primaire. Ce serait donc des dépenses supplémentaires. Par contre, il n’a pas évoqué leur financement. Les pistes évoquées dans l’article ci-dessus – retraite à 65 ans et hausse de la TVA – figuraient déjà dans son programme et correspondaient à un équilibre financier n’incluant pas ces « généreuses » promesses envers les seniors. Je repose donc la question: comment François Fillon compte-t-il financer ces dépenses ?

Le deuxième signal est venu lors de la révélation des liens du candidat Fillon avec le PDG d’AXA, Henri de Castries. Ses propositions de déléguer aux assurances privées une bonne partie des soins font curieusement tache dans ce contexte. Y aurait-il conflit d’intérêt ? Le candidat Fillon qui, pendant toute la campagne, martelait qu’une personne sur laquelle pèserait le soupçon ne pouvait prétendre à la candidature devrait méditer là-dessus. Certains parlent aujourd’hui d’un nouveau projet sur la santé, probablement en réponse à ces interrogations, contredisant le candidat qui affirmait péremptoirement qu’il appliquerait l’intégralité de son programme. Qui croire ?

Le troisième avertissement est venu de la Réunion. Lors de sa prise de parole, Fillon a affirmé que l’outre-mer ne serait pas concerné par la suppression des postes de fonctionnaires au vu du chômage dramatique qui y sévit. On ne toucherait pas non plus aux emplois aidés. Si toutes les régions de France où le chômage fait des ravages se mettent à demander les mêmes exceptions, on aura du mal à atteindre les 500.000 réductions de postes.

Bref, le candidat de la primaire qui soutenait mordicus qu’il appliquerait son programme est en train de muer en un autre, clientéliste, qui adapte son discours en fonction de son audience. On pouvait trouver bizarre que quelqu’un baignant dans la politique depuis 35 ans n’en ait pas adopté les travers. On sait maintenant qu’il n’en est rien.

Pour finir, je ne résiste pas au plaisir de diffuser cette vidéo montrant François Fillon répliquer à ses propres partisans qui dénoncent une cabale politico-médiatique. Si les médias s’acharnent autant, c’est à la demande du candidat lui-même.

[18 février 2017] J’ai récemment appris que Fillon parlait de la colonisation comme un « partage de culture » en métropole et comme une « abomination » à la Réunion. Fillon est décidément comme Chirac et Sarkozy. Son élection – s’il est élu – devrait donner lieu à de grosses désillusions.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s