Réforme du collège: à bas l’élitisme, vraiment?

À chaque réforme du système « éducatif » – je mets le mot entre guillemets, vu le nombre d’élèves qui en sortent chaque année sans même maîtriser les savoirs fondamentaux, en témoignent les fautes d’orthographe qui émaillent les courriers, les commentaires de blog et même des articles de journaux, un comble! -, il est un refrain que nos « pédagogues » ne manquent jamais d’entonner: celui de « l’égalité » – plus exactement de l’égalitarisme, qui prétend créer l’égalité de force là où elle ne pourra jamais exister – et de la lutte contre « l’élitisme ». Les enseignements de latin et de grec? « Trop élitistes! », chante-t-on en chœur rue de Grenelle. Les classes européennes, les classes bi-langues? « Trop élitistes! », s’insurge-t-on chez Najat Vallaud-Belkacem. Pourtant, il semblerait que ces mêmes idéologues n’aient en réalité rien contre cet élitisme honni… à condition qu’ils fassent eux-même partie de l’élite.

Il suffit de lire le jargon avec lequel ils rédigèrent la dernière réforme en date pour s’en convaincre: « se déplacer dans un milieu aquatique standardisé » au lieu de « nager en piscine », « duel médié par une balle ou un volant » plutôt que « tennis ou badminton », et j’en passe et des meilleures. On lit souvent sous la plume des plus virulents opposants à la réforme du collège, comme Jean-Paul Brighelli ou François Bayrou, que celle-ci est inspirée par une idéologie déconnectée des réalités, par des cervelles « grenelliennes » imperméables au réel. À mon humble avis, la réalité est encore plus sombre. Il ne s’agit ni plus ni moins que de malveillance.

Car peut-on croire aux slogans anti-élitistes et égalitaristes de gens s’exprimant dans un sabir qu’ils font tout pour rendre inaccessible aux élèves? S’ils étaient aussi férus d’égalité qu’ils le prétendent, soit ils rédigeraient leur réforme dans un argot compréhensible du moins instruit des élèves, soit ils donneraient à ces derniers les bases pour pouvoir lire et comprendre la réforme et ses enjeux – et son vocabulaire – plutôt que de continuer à les décerveler.

Ces pédagogues semblent être à l’image de leurs « maîtres » politiciens – ou plutôt devrait-on dire valets, tellement ceux-ci se plient à leur moindre lubie – : tout comme les « socialistes » d’aujourd’hui (qu’ils soient de gauche ou de droite) se prélassent confortablement dans les ors de nos Palais tout en se réclamant – au grand dam de Terra Nova – de la défense du prolétariat – mais en veillant consciencieusement à rendre l’accès auxdits Palais impossible à celui-ci -, ces idéologues prônent l’égalité tout en veillant à maintenir les autres hors de portée de leurs propres privilèges.

Et le revirement de la « minustre  » (pour reprendre un terme cher à h16), qui ne voit aucun « élitisme » dans le fait de réserver les classes bi-langues aux Parisiens, n’est pas fait pour contredire cette impression.

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