(Encore une) chronique de la haine ordinaire

S’il y a bien une chose que ceux qui ont visité Malmö récemment ne peuvent ignorer, c’est l’afflux de plus en plus en plus important d’immigrés venus des pays d’Europe de l’Est. En effet, il est devenu quasiment impossible de trouver un centre commercial ou un bâtiment public sans y voir l’un d’eux assis près de la porte d’entrée. Des hommes et des femmes de tous âges, affichant un écriteau en carton et tendant leur sébile pour y recevoir les aumônes d’âmes généreuses.

Ils sont très souvent traités avec indifférence. Les donateurs sont loins d’être légions. Et comment pourrait-il en être autrement quand les Suédois se méfient même de leurs semblables avec qui ils partagent la couleur de peau, la langue, le niveau de vie? Aujourd’hui, parler à quelqu’un dans la rue semble devenu aussi dangereux que la peste. Et quand on évite le contact avec ceux qui nous ressemblent, comment s’attendre à ce qu’on adresse la parole à des gens qui nous sont entièrement différents, qui risquent même de ne pas nous comprendre à cause de la barrière linguistique? Mais mon propos, dans ce post n’est pas de digresser sur l’attitude de gens qui ignorent leur semblables tout en attendant la confirmation de sa propre existence de leur part. Le fait de traiter les autres comme l’on ne voudrait pas être traité soi-même est devenu monnaie courante de nos jours.

Non, ce qui m’inquiète le plus, ce sont les réactions à l’endroit de ces nouveaux migrants. Des réactions imprègnées de mépris, quand ce n’est pas de haine pure et simple. Sur les réseaux sociaux, des posts dénonçant des prétendus réseaux de mendicité font florès – et ce sans aucune preuve. J’ai même pu lire un post demandant la criminalisation de ceux qui leur font l’aumône. Personnellement, je doute de l’existence de tels réseaux. J’ai l’occasion de voir certains d’entre eux dans une cafétéria qui fait aussi oeuvre sociale. Ils bavardent entre eux, jouent, rechargent leurs portables etc jusque tard dans la matinée. S’ils étaient vraiment sous la coupe d’esclavagistes, ces derniers ne les laisseraient certainement pas rester « improductifs » aussi longtemps et auraient tôt fait de les renvoyer sur le trottoir. Autres scènes de haine ordinaire, certains passant leur crient dessus, leur font peur – sans même les connaître. Le summum de l’abjection a été atteint – provisoirement? – par le directeur d’une grande surface ayant jeté un seau d’eau sur une mendiante roumaine. Il a ensuite déclaré qu’il lavait les carreaux et qu’il n’avait pas vu la femme postée à proximité. Est-ce vraiment humain d’être cynique à ce point? Sur les réseaux sociaux, il a plus tard reçu des encouragements à « nettoyer plus de fenêtres ».

Qu’est-il en train d’arriver à l’humanité? Le mépris et la haine sont-ils devenus les normes de nos sociétés occidentales? Et quid de nos racines chrétiennes dont nous sommes si fiers et que l’on exhibe à la face du reste du monde? Il fût un temps où l’hostilité vis-à-vis des migrants pouvait se comprendre. Les ressources étaient si rares que partager signifiait se priver. Mais ces temps sont révolus. Nos sociétés sont riches. De plus, la différence de prix entre la Roumanie et la Suède fait que ce qui permet tout juste à une personne de tenir une journée à Stockholm permet à une famille de roumanie de passer la semaine. Alors pourquoi ne pas leur donner quelques pièces et un sourire – une lange que tout le monde comprend? Le retour sur investissement en est bien meilleur que celui de la haine.

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